Grippe aviaire - Les migrateurs innocentés
Grippe aviaire - Les migrateurs innocentes
Le Point n°1757, 18/05/06
Fréderic Lewino (enquête d'Audrey Pinson)
A ce jour, les migrateurs de retour d'Afrique sont tous indemnes du virus H5N1. Une étonnante révélation, qui laisse les experts perplexes.
A l'automne dernier, on nous avait promis une apocalypse grippale avec le retour des oiseaux migrateurs d'Afrique. Les experts de tout poil criaient déjà haro sur les canards, cigognes et autres passereaux contamines par le virus H5N1 sur les sites d'hivernage africains partages avec les oiseaux russes. Le spectre de la pandémie planait alors sur toute l'Europe. Le pilonnage médiatique prédisait le pire. Pourtant, la migration de printemps s'achève ces jours-ci et... rien ! Pas d'hécatombe. Même pas quelques oiseaux malades à qui voler dans les plumes. Hormis, bien évidemment, ceux de la Dombes (Ain), mais eux arrivaient d'Europe de l'Est.
Incompréhensible ! « A ce jour, pas un des oiseaux sauvages captures de façon aléatoire en France par les services de surveillance n'a été infecte par le virus », affirme Jean Hars, responsable des maladies transmissibles a l'Office national de la chasse et de la faune sauvage, charge du dossier grippe aviaire et des oiseaux sauvages. Non seulement aucun migrateur n'est remonte malade d'Afrique, mais il semble bien que le virus n'ait pas pris pied sur le continent noir, lors des migrations de l'automne dernier. La mission de dépistage des oiseaux sauvages, coordonnée par le Cirad, la FAO et l'OIE (Organisation mondiale de la sante animale), depuis décembre, est formelle : ses résultats seront rendus officiels à la fin du mois. En revanche, le H5N1, s'il n'a pas contamine les migrateurs, a été identifie dans les élevages et les fermes de plusieurs pays africains.
Faut-il en conclure que les spécialistes se sont trompes du tout au tout ? Que le peuple migrateur ne peut pas transmettre le virus ? « Non ! répond fermement Jean-Luc Angot, directeur général adjoint de l'Organisation mondiale de la sante animale. Il est clair que les oiseaux migrateurs jouent un rôle puisqu'ils sont indubitablement à l’ origine de la propagation du virus de la Chine jusqu'en Sibérie, puis, de la, en Roumanie, en Turquie et peut-être même en Egypte. Mais pas en Afrique ! » Pourquoi ? Les experts sont encore incapables de le dire. De même aucun d'eux ne peut expliquer pourquoi, en février, l'avancée européenne du H5N1 s'est arrêtée dans la Dombes et n'a pas fait du stop aviaire jusque dans le nord de
Chacun y va de sa vague hypothèse, sans vraiment y croire. « Il est possible que les migrateurs, contamines au début de leur voyage migratoire, meurent en cours de route, avant d'atteindre leur but, hasarde Jean Hars. Néanmoins, nous savons qu'il existe des porteurs sains parmi les canards, qui peuvent donc transporter le virus sans être malades. Ce doit être aussi possible chez les autres espèces. » De toute façon, comme dans une course de relais, le H5N1 est fort capable de sauter d'animal en animal au cours de
Cette réhabilitation des oiseaux migrateurs est une juste revanche pour certains ornithologues qui n'ont jamais cesse de dénoncer le mauvais procès fait a leur encontre. Pour expliquer l'expansion de la maladie en Asie et en Europe, ils dénoncent surtout la migration... industrielle. Des millions de poulets et de canards d'élevage sillonnent les routes. « La mondialisation a transforme le poulet en espèce migratrice et les mouvements des poulets autour du monde se produisent 365 jours par an, a la différence des migrations saisonnières des oiseaux sauvages », rappelle Leon Bennun, directeur de Birdlife International.
Or, en passant de Chine en Russie, la grippe aviaire a effectivement choisi un chemin pas très éloigne du Transsibérien. Quant à l'apparition de foyers aviaires H5N1 en Europe de l'Ouest et du Sud en début d'année, il ne faut pas en accuser les migrateurs. Les canards et les cygnes porteurs du virus - 65 cas - n'étaient que des sédentaires ou migrateurs très partiels fuyant simplement une vague de froid exceptionnelle frappant la façade occidentale de
Sans être encore laves de tout soupçon, les migrateurs font moins peur. Depuis le 12 mai, l'Afssa a mis fin au confinement des volailles en France (sauf dans la Dombes), estimant que les voyageurs ailes présentent dorénavant « un risque nul a négligeable » d'introduire le virus en France d'ici « au début des migrations automnales ».
Néanmoins, ce n'est pas une raison pour abandonner toute prudence. Jean-Luc Angot, de l'OIE, insiste pour respecter « les mesures de biosécurité qui consistent principalement à séparer oiseaux sauvages et d'élevage et à éviter au maximum les contacts entre l'homme et les animaux d'élevage ». Les contrôles sanitaires vont être renforces en France. Dans cinq départements a risque, dont l'Ain, « des oiseaux sentinelles seront élèves sur le passage des oiseaux migrateurs, explique Jean Hars. Ils seront testes tous les quinze jours pour le H5N1. »
« Grippe aviaire, ce qu'il faut savoir », de Pascal Orabi et Francois Moutou (ed. Delachaux et Niestle).
http://www.lepoint.fr/societe/document.html?did=178574
Grippe aviaire - Les migrateurs innocentés
Le Point n°1757, 18/05/06
Fréderic Lewino (enquête d'Audrey Pinson)
J'ai particulièrement apprécié que l'auteur de l'enquête s'appelle:
"Audrey Pinson"! Au moins, voilà de l'info puisée à la source!
Cédric

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