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 Forum | Coups de gueule

Ça s’est passé (et ça se passe encore) au Congo. Un pays creusé, un pays pillé.

Cirdec
Qabbale hébraïque
Dépêches de l'agence ANACO - Encore quelques colères (mais quelques rires aussi)... et puis je me fais une (très longue ?) sieste...
Un pays creusé

 

Deux creuseurs

  • Des enfants sont utilisés pour « faire l’attaque » !
Ils ont pour tâche de creuser un trou de deux à cinq mètres de profondeur dans le sol ! Puis viennent des garçons plus âgés qui agrandissent le trou ! Et, ensuite, s’amènent les vrais creuseurs qui recherchent les minerais avec leurs pelles et leurs pioches !

clandestins ont été victimes d’un éboulement de terrain dans la mine de diamant de Kalombela à Dimbelenge (Kasaï occidental). Un jeune homme est mort dans une mine souterraine de wolframite (abandonnée et dont l’exploitation était, en principe, interdite) à Kailo, à 72 km de Kindu. A Kisela, village fréquenté par des exploitants miniers, une drague travaillant sur la rivière Tshikapa s’est renversée et trois plongeurs ont disparu (deux corps ont été découverts en aval du lieu de l’accident mais le corps du troisième plongeur est demeuré introuvable). Quatre autres creuseurs sont décédés dans une mine d’or à Mabanga (à 30 km au nord de Bunia), asphyxiés par la fumée de quinze motos-pompes servant à évacuer l’eau (au fond d’un puits de soixante mètres de profondeur). Une femme, la trentaine révolue et mère de trois enfants, a été tuée dans un éboulement survenu alors qu’elle extrayait du sable et des cailloux à proximité de la rivière Ngonza, dans le quartier Plateaux, communément appelé Kananga II.

 

Trois creuseurs sont morts dans la mine de Kalukuluku, anciennement appelée carrière de l’Etoile, dans la banlieue Est de Lubumbashi, coincés dans des galeries souterraines à la suite d’un éboulement. Puis quatre autres encore. Treize creuseurs ont pu être sauvés par leurs camarades. D’autres creuseurs seraient encore coincés dans les galeries souterraines. Les responsables de la société Chemaf, société minière indienne ayant racheté à la Gécamines la concession abandonnée de Kalukuluku, auraient pris prétexte de cette catastrophe pour interdire l’accès des creuseurs à sa concession, dynamiter les galeries dans lesquelles ceux-ci s’aventuraient pour extraire les minerais et faire baisser (le prix payé aux creuseurs passant, pour cinquante kilos de minerais, de dix mille francs congolais à quatre mille francs congolais) le prix du kilo d’hétérogénite, un amalgame de minerais de cuivre et de cobalt. Des milliers d’ « exploitants miniers artisanaux » se sont alors rassemblés sur la place du marché zambien. La garde industrielle de l’entreprise a encerclé la carrière et empêché les creuseurs de se rendre à leur lieu de travail. Manifestant leur mécontentement, les creuseurs ont brûlé des pneus et barricadé la route, empêchant toute circulation. La police est intervenue pour disperser les manifestants. Les creuseurs ont lancé des pierres sur les policiers. Quatre agents de l’ordre ont été blessés. Trois véhicules de la police et un véhicule d’une chaîne de télévision locale ont été endommagés. Une vingtaine de creuseurs ont été arrêtés et une partie du marché zambien incendiée. Mais les camions, chargés de tonnes d’hétérogénite, continuent de quitter Lubumbashi en direction de la Tanzanie (vers l’Inde et la Chine ?), de la Zambie, du Zimbabwe et de l’Afrique du Sud (vers l’Europe et l’Amérique ?).

Les travailleurs de la Societé minière de Bakwanga (Miba), à Mbuji-Mayi, ont manifesté devant le siège de l’entreprise et

  • Ce n’est pas normal ! Nos familles doivent manger ! Nos enfants doivent étudier !

se sont mis en grève pour obtenir le paiement de leurs arriérés (quatre mois d’arriérés de salaire) (trente-trois mois d’arriérés de vivres).

 

Les vigiles d’Anvil Mining Limited (à qui la Banque Mondiale accorde sa garantie) ont expulsé les « creuseurs illégaux » d’un site d’exploitation du cuivre de Kolwezi dont la société venait d’obtenir la concession. Un creuseur a été jeté dans un trou d'eau et s’y est noyé. Les creuseurs ont mis le feu à l’aide de bidons d’essence au guest-house de la compagnie sur l’avenue Lubembo au quartier Mutoshi dans la commune de Manika (un cuisinier et un agent de sécurité, qui s’étaient cachés dans le plafond par peur d’être molestés, sont morts calcinés).

 

Deux « suicidaires » (des déserteurs ou des désoeuvrés, creuseurs de diamant fortement armés, qui défient et affrontent les policiers des mines et les gardes miniers, mais s’en prennent aussi à la population et à ses biens), ont été brûlés vifs par les habitants du quartier Lubilanji, communément appelé Quartier Kasamayi, dans la commune de la Kanshi à Mbuji-Mayi. Un homme (habitant le quartier Nkolomoni, dans la commune de Kikula) a trouvé la mort au cours d’une bataille rangée entre les creuseurs et les éléments de la garde industrielle de la Gecamines, à la carrière de Luisha située à 45 km à l’Est de Likasi, dans le territoire de Kambove.

 

Des indices de présence de Kimberlite ont été découverts à Demba par une équipe des experts de la société De Beers en mission de prospection dans la province de Kasaï Occidental. L’implantation de la géante sud-africaine contribuera substantiellement

  • Par la création d’emplois de mineurs ? Et de
  creuseurs clandestins ? Et de tamiseurs et de laveurs de pierres ? Et de vigiles et de gardes industriels ? Et de chauffeurs de camions ? Et de suicidaires ?

au développement de cette province. A Mutoshi, agglomération située à huit kilomètres de la ville de Kolwezi, des avenues ont totalement disparu et une centaine de maisons ont été détruites par leurs propriétaires suite à la découverte d’hétérogénite dans le sous-sol de la cité.

 

Ça s’est passé (et ça se passe encore) au Congo.

Un pays creusé, un pays pillé.

 

Un vieux fauteuil de coiffeur

 

Parvenu à l’âge de la retraite, perclus de rhumatismes (et n’ayant plus les moyens de se payer des médicaments de confort et

  • Des poudres pour sourire, pour maigrir, pour grossir, pour bander, contre le stress et contre les gaz !

de gourmandise), un vieux fauteuil de coiffeur entreprendra de rapporter, avec force détails (animés ou photographiques), le soir, à la veillée, à ceux qui voudront bien l’entendre et qui lui proposeront de boire un verre (ou deux) (ou trois) (ou quatre) (ou cinq) (ou six) (ou sept) de bière, toutes les histoires

  • C’est quel idiot de quel village qui t’a raconté ça ? Il avait des morpions dans les poils de sa moustache, ce gars-là ?

qu’il n’a pas pu ne pas entendre pendant sa longue carrière ? Avec jubilation ?

Et ensuite, il saluera son public et fera passer le chapeau ? 

 

Gabriel

 

Au petit matin, avant de s’envoler par la fenêtre de la chambre de la donzelle, Gabriel glisse à l’oreille de Marie :

  • Vous avez été merveilleuse, chérie, tout s’est très bien passé !
 

 

A l’ombre !

 

Le pendu

  • Suicidez-vous à l’ombre !

avait le visage rouge affiche alarme alerte armée bandeau banlieue barbe bâton bonnet bordeaux bourreau braise brique carton cerise cervelas chaperon chasse à courre château chêne chiffon chou cloître cœur colère coquelicot corail  corrida crête de coq croissant croix désir diable dragon drapeau écrevisse effort encre enfer espagne étoile fard fer feu fil flamme fœtus foulard fraise gorge grenadine haine homard honte ibis île infra joues journée khmer klottes langue lanterne latérite lave lèvre liste lumière lune menstrues mer mouchoir moulin muleta nez oursin passion père noël pilule piment piranha pivoine placenta planète poisson poivron pomme pompier quartier règles rivière rose saint nicolas sang soleil standard de liège tapis taureau téléphone terre thon boulettes sauce tomate torero triangle vengeance viande de bœuf à l’anglaise yeux de fumeur de chanvre.

Sans doute avait-il attrapé un coup de soleil.

 

 

Le guerrier et la vendeuse d’oignon

 

Les artilleurs installent leur canon au milieu du marché. Juste à côté des échoppes. Et à proximité immédiate d’une petite buvette. Ils éclusent le vin à la dame-jeanne et boivent la bière à la bouteille, jouent aux dés, terrorisent les petits enfants, taquinent les filles à soldats et tirent un coup de semonce tous les trois-quarts d’heure.

Ayant déjà vidé une septième (au moins !) flasque de bière brune, leur officier, assis sous un arbre, derrière une table en bois, comme un collecteur d’impôts ou un agent taxateur, lorgne, chouffe, reluque et

  • J’ai le bâton !

dévore avidement et férocement des yeux une vendeuse d’oignons, une détentrice de recettes

 

  • L’oignon
calme la diarrhée et donne de l’appétit aux diabétiques ! Un morceau d’oignon mis à tremper dans un verre de boisson sucrée est efficace contre la toux ! Une décoction d’oignons apaise les maux d’oreilles ! Appliqué à l’anus, un oignon écrasé et mélangé à de l’huile de palme et à du pili-pili guérit les hémorroïdes ! L’oignon est bon pour la circulation des larmes !

de grand-mères, une veuve d’environ trente-deux ans qui n’avait pas pu revendre, pour survivre, des bijoux qu’elle n’avait jamais eus et que le déclenchement de la guerre  n’empêchait pas, cependant, de devoir nourrir ses jeunes (l’aînée n’avait guère plus de treize ans) enfants et de continuer à prêcher pour son légume

et le soudard dégaine son révolver et vide son chargeur et s’empare de la femme et lui plaque une main

  • Une veuve en colère, ça mord !

sur la bouche pour lui interdire de crier et lui bloque les jambes de l’autre main pour l’empêcher de se débattre et la porte sur ses épaules (comme on coltine un sac de maïs de cinquante kilos) et la jette à l’arrière d’un camion bâché, chargé de caisses d’armes et de munitions, de lits de camp et de sacs de couchage, de croix et de cercueils, en vue

  • J’vais t’en appliquer, moi, de l’oignon cru et du pili-pili, ma belle ! Qui vont guérir toutes tes hémorroïdes ! Présentes et d’aujourd’hui ! Futures et à venir ! Comme une indulgence plénière signée par le pape en personne ! Et même qu’on
 va t’entendre gueuler et  chialer jusqu’en Enfer et jusqu’au Paradis !

de satisfaire ses besoins personnels et tente de s'al

longer sur la belle en fu-

rie et s’ef-

fondre à quelques millimètres de la ligne, ign ! d’arrivée, eh ! vic-

  • Me serais-je levé ce matin si j’avais su que j’allais mourir dans la journée ?

time d’un arrêt cardiaque, hac !

 

 

DDL - Dépêches de l'agence de presse "Ana et le Congo", 30/09/2006