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Onze mille dindes et des brouettes
Ceux qui défendent cette thèse ne sont pas des zozos, ainsi Juan Lubroth, expert à la FAO, en janvier dernier: " Il est très facile de blâmer les oiseaux sauvages et la migrations des oiseaux parce que personne n'est responsable. Il est possible que les oiseaux sauvages puissent présenter le virus, mais c'est par les activités humaines de commerce et d'échange que la maladie se propage. Discours évidemment peu médiatisé, puisqu'il heurte de front les intérêts des agro-industriels, et remet en cause le fonctionnement de la filière avicole, celle qu'il faut défendre à tous prix, à en croire PPDA nous lançant régulièrement son cri patriotique " Mangez du poulet !".
On doit à la très sérieuse ONG espagnole GRAIN un argumentaire des plus convaincants sur "le rôle central de l'industrie de la volaille dans la crise de la grippe aviaire", qui s'appuie sur quatre arguments principaux.
• Deux, la propagation de la maladie ne correspond pas avec les itinéraires et les saisons de migration, mais a suivi les voies de circulation et de transport des volailles, oeufs à couver, alimentation animale (routes et chemin de fer notamment).
• Trois, la volaille vivant dans des élevages de basse-cour a toujours connu des grippes, lesquelles n'ont pas évolué vers des formes hautement pathogènes, car la faible densité et la diversité génétique y maintenaient la charge virale à des taux bas. C'est dans les élevages concentrationnaires que le virus bénin évolue rapidement vers des formes plus pathogènes et fortement transmissibles, qu'il transmet... aux oiseaux sauvages.
• Quatre, Si le Laos n'est pratiquement pas touché par la grippe aviaire, ce n'est pas parce que les oiseaux migrateurs éviteraient miraculeusement de le survoler, mais parceque les autorités ont tout simplement fermé leurs frontières à la volaille de Thaïlande, et que les éleveurs n'y nourissent pas leur bêtes à plume avec des aliments industriels (lesquels sont composés, entre autres ingrédients, de matières fécales, plumes, litière, etc.).
Eh non: aujourd'hui on traque les poulets qui gambadent nez au vent, et on présente l'élevage industriel comme la panacée. "Les crises sanitaires ont toujours été des outils de restructuration" note Bové. Pas forcément
Jean-Luc Porquet
Le Canard Enchaîné - 15 mars 2006
