la manif du 24 mars
Les conditions d’existence des animaux sont très dégradées depuis que
l’homme a pris les commandes de toute la surface terrestre. La
manière de les traiter fait débat, et les tenants de tous les camps
se battent à coup d’arguments biologiques, philosophiques, religieux.
Pour chacun, il s’agit de prouver la véritable place de l’homme et
les droits que cette place lui confère.
Faut-il alors se persuader, comme dans la Ferme des animaux de George
Orwell, que « tous les animaux sont égaux, mais il y a des animaux
plus égaux que d’autres » ? Ou penser, avec Marguerite Yourcenar, que
« La protection de l’animal, c’est au fond le même combat que la
protection de l’homme » ?
Par edith de Cornulier-Lucinière
vendredi 9 mars 2007
Modification : 9 mars 2007
La procession des voix pour les sans voix
« Je continuerais à me nourrir de manière végétarienne même si le
monde entier commençait à manger de la viande. Cela est mon
opposition à l’ère atomique, la famine, la cruauté - nous devons
lutter contre. Mon premier pas est le végétarisme et je pense que
c’est un grand pas ». Isaac Bashevis Singer
Une procession aura lieu le 24 du mois de mars de l’année 2007. Elle
partira à deux heures de l’après-midi de la place du Panthéon.
Des êtres humains se rassembleront pour demander à ce que leur
dignité humaine soit respectée, et qu’on ne massacre plus en leur nom.
La cause animale est une très vieille cause, mais elle n’a jamais
fait l’objet de grands débats publics dans nos sociétés, ou bien ces
débats ont sombré dans l’oubli. Elle est parfois couverte de
ridicule, comme si la cause animale était une passion enfantine.
Pourtant, comme le disait Emile Zola, « la cause des animaux passe
avant le souci de me ridiculiser ».
La nature animale ou les individus animaux
Il y a plusieurs façons de vouloir protéger les animaux. Deux grandes
tendances se dégagent du paysage varié de la réflexion sur la
condition animale en terre humaine.
La première est globale : les associations de défense de la nature
représentent ce courant : on y défend les loups parce qu’ils font
partie de la nature. Il s’agit de préserver la diversité des espaces
et la capacité de la terre d’accueillir la vie sauvage.
La seconde est fondée sur le respect de l’être animal. Il représente
un « humanisme élargi ». Ainsi, les fondations qui prônent cette
vision ne défendront pas une politique visant à réintégrer des ours
dans une région, parce que cette politique privilégie le groupe des
ours au détriment des individus qui seront sacrifiés (transports,
adaptation...) à la cause du groupe. Cette fraternité-là envers les
animaux leur reconnaît une identité de « personne ».
Mais ces deux tendances, globale et individuelle, sont souvent
appelées à soutenir les mêmes causes.
Une fraternité élargie
« Très jeune j’ai renoncé à manger de la viande et le temps viendra
où les hommes regarderont les meurtriers d’animaux avec les mêmes
yeux que les meurtriers d’êtres humains ».Léonard de Vinci
Une des premières réactions qui nuit à la défense des animaux
consiste à penser que leur protection se ferait sur le dos d’êtres
humains. Ce n’est pas le cas ; la plupart des associations se situent
dans une ligne résolument humaniste. De grands philanthropes ont
soutenu la cause des bêtes, tel le médecin Albert Schweitzer,
l’astrophysicien Hubert Reeves, ou encore le Mahatma Gandhi, qui
disait : "Je hais la vivisection de toute mon âme. Toutes les
découvertes scientifiques entachées du sang des innocents sont pour
moi sans valeur."
De façon moins soucieuse et plus cruelle, on reproche aux défenseurs
des animaux de faire montre d’une sensiblerie niaise, faible. Mais
l’aventurier Mark Twain, qui prit des risques de toutes sortes au
cours de sa vie, prit aussi celui du « ridicule » : "Peu m’importe
que la vivisection ait ou non permis d’obtenir des résultats utiles
pour l’homme. La souffrance qu’elle inflige à des animaux non
consentants est le fondement même et la justification pour moi
suffisante de mon aversion, un point c’est tout."
Assimilation et opposition de l’animal et de l’homme
Quelle propagande nous a construit ces croyances auxquelles nous nous
accrochons comme à une bouée de sauvetage ? Celle qui oppose à l’Art,
la nécessité ; celle qui oppose à l’affection, l’instinct ; celle qui
oppose à la pensée verbale, le néant ; et celle qui oppose à la
souffrance humaine, l’insensibilité animale ?
Nous avons déjà bien montré que nous sommes capables des pires
atrocités, sur nous-mêmes, les hommes, sur les bêtes et sur la
nature. Il nous reste à témoigner de nos aspirations à la liberté, à
la beauté de la nature, au pacifisme de l’Art et au respect de la vie.
S’il faut absolument s’extraire du monde animal, plutôt que par
l’assassinat et l’exploitation massifs, optons pour l’attitude
fraternelle de celui qui a les moyens de maîtriser ses propres
besoins et peut tendre une main amie.
La fête sanglante
Mais pour cela, il faut d’abord contempler le monde tel qu’il est au
risque de le voir plus horrible que ce que l’on voulait imaginer.
Comme l’écrit Florence Burgat, « lever le silence qui entoure ce
massacre trouble impardonnablement une fête qui en passe par le
sacrifice animal. Mais notre luxe le plus profond tient surtout dans
la douleur tonitruante d’animaux dont nous avons manqué la rencontre,
et qui, au fond de leur cachot, attendent quelque chose que nous ne
leur donnons pas ».
Déserte est la nuit de l’homme abstrait.
Raoul Vaneigem
Le 24 mars 2007, à Paris, des humains rassemblés défileront
silencieusement par solidarité envers ceux qui n’ont point la parole.
Car de nos jours où tout est bétonné, enserré, mécanisé, qu’il soit
homme ou bête, désert est le jour de l’animal concret
http://www.animauzine.net/Une-Marche-humaine.html
- Plus d'informations
commentaires récents
fichiers partagés



