Deux tiers des médecins utilisent des mesures placebos
Le malade guérit plus vite quand il pense qu'on l'écoute. Une étude zurichoise le prouve
Un mal de gorge réclame des pastilles à la menthe et un refroidissement des vitamines: beaucoup de patients en sont si persuadés qu'une prescription leur permet de se rétablir plus vite. Alors même qu'aucun effet direct de ces produits sur leur mal n'est scientifiquement prouvé.
Les médecins de famille et les pédiatres l'ont bien compris. Selon une étude réalisée par l'Uni de Zurich, plus des deux tiers d'entre eux utilisent occasionnellement des mesures placebos pour favoriser la guérison. «Sortir d'une consultation sans ordonnance peut influencer négativement l'état du malade, explique la doctoresse Margrit Fässler, qui a mené la recherche. Et le sentiment d'être écouté peut apaiser une douleur.» Car la relation médecin-patient est en soi thérapeutique. Selon le vice-président du groupe genevois des médecins omnipraticiens, Philippe Fontaine, le temps consacré au dialogue est capital. «Il y a aussi des gestes un peu magiques qui provoquent des effets placebos. Par exemple prendre la tension alors que l'état de santé ne le justifie pas. Ça tranquillise le patient.» De tels traitements peuvent produire des effets mesurables dans l'organisme, comme la production de substances calmantes.
Une critique est toutefois soulevée: est-il juste de cacher aux malades le fond de la démarche? «La plupart du temps, les indications des praticiens sont peu claires, reconnaît Margrit Fässler. Mais ils visent des résultats sur la santé, pas la tromperie.»