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Tohu wa vohu Réflexions ethnopsychanalytiques sur la technique d'un guérisseur yéménite en Israël*

Source : http://www.ethnopsychiatrie.net/actu/gueryem.htm

Cirdec
Qabbale hébraïque
Extrait du texte: "...L'eau, vecteur de dilution et d'infiltration
Dans le dispositif de Haïm, l'eau apparaît comme le diluant essentiel de la parole sacrée, donc de l'âme. Mais elle est aussi ce qui permet l’infiltration de cette substance dans l'être du patient.

Haïm chuchote des noms sacrés dans l’eau contenue dans une tasse, puis projette le mélange de pur et de sacré sur le visage de Déborah. C'est évidemment une reprise de l'acte de création primordial de Dieu: "Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Or, la terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l'abîme, un vent de Dieu tournoyait sur les eaux. Dieu dit: "que la lumière soit" et la lumière fut ". (Genèse, 1, 2-3)

Au début, avant toute création, était l'esprit divin qui planait par dessus les flots. Alors, fut prononcée la première parole de Dieu, le souffle divin, le "breuvage de vie". Lorsque Haïm chuchote des mots sacrés sur la tasse d'eau, le souffle, l'esprit, "le vent de Dieu" vient s'infiltrer dans l'océan primordial miniaturisé dans la tasse.

Et pourquoi l'eau – à l'exclusion de toute autre matière [13]est-elle le diluant principal de l’âme?

Nous avons vu que Dieu a créé le monde par la puissance de son nom; a créé le premier homme en insufflant l'âme dans l'amas de terre. Ce souffle, cette parole initiale est si puissante qu'elle ne peut être prononcée à haute voix, et certainement pas par un être banal. Pour exemple, cette histoire que m'a raconté Haïm: un vieillard prononce à haute voix le nom interdit. Il reçoit une gifle sur le champ, devient fou et meurt [14]. Cette histoire illustre la stricte règle de l'interdit rappelé par Haïm: "je lis tout, sauf les noms qui sont en haut de la page". Le nom divin est constitué de substance sacrée, concentrée, à l’état brut. Si le guérisseur le chuchote dans une tasse d'eau, c'est afin qu'il soit dilué, faute de quoi son pouvoir se révèlerait si terrible qu'il pourrait détruire qui le prononce, qui l'entend; car seul Dieu est capable de délivrer la parole créatrice. Mais, dilué dans l'eau, le souffle de Dieu perd un peu de sa force, se révèle plus manipulable – tout comme l'essence, insupportable à l'état pur, qui ne devient parfum que diluée dans l'alcool (Nathan, 1988 b). Ici, l'eau (comme l'huile, le beurre ou l'alcool dans d'autres cultures) sert de solvant au sacré.

Si l'âme réside bien dans la parole, le problème est alors de l'en extraire. Volatile, il faut d'abord la dissoudre dans un liquide maniable – l’eau – avant de l’infiltrer dans le patient. C'est à nouveau dans le livre de la Genèse que nous trouverons les meilleures illustrations du processus: " Toutefois, un flot montait des terres et arrosait toute la surface du sol. Alors Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol… " Genèse, 2, 6-7

Durant la phase qui précède la création de l'homme, la terre est imprégnée de vapeur. En d'autres termes, pour fabriquer la statuette, la modeler, il faut d'abord mouiller la substance. L'infiltration de l'eau amène d'abord la dilution de la forme initiale (comparable à la fragmentation technique), réduisant la terre à l'état de magmas boueux susceptible d'être modelé (recomposition).

Ainsi, le guérisseur associe-t-il deux infiltrations successives: celle des mots dans l’eau (dissolution) puis celle de l'infiltration de l’élément composite dans le patient, afin de le modifier, de le remodeler. On retrouve cette technique dans de nombreuses thérapies traditionnelles juives ou dérivées où l’eau rend possible l’infiltration de l'enveloppe de la personne, la dilution des mots pouvant s’effectuer de diverses manières: chuchotés sur l’eau, dissous dans la salive ensuite crachée sur le patient ou encore écrite dans une encre qui sera par la suite diluée dans l’eau et bue par le malade.

L'infiltration est évidemment renforcée par l'effet de surprise , la frayeur, quand Haïm jette le contenu de la tasse à la figure de Déborah. Alors, s'ouvrent ses yeux; ils s'ouvrent, s'écarquillent de surprise… soudain sa bouche laisse s'engouffrer l'air en une inspiration profonde qui va emporter en son sein le nom de Dieu. Le "breuvage de vie" pénètre son sang qui bouillonne déjà sous l'effet de la surprise. Aristote expliquait que l'âme peut s'échapper au gré d'un éternuement. Haim inclut un supplément d'âme, au contraire, un activateur, par l'entremise d'une inspiration de surprise.

Or, pour le judaïsme, l'âme est dans le sang de l'être vivant. C'est bien ce qu'indique la Torah qui interdit la moindre consommation de sang.

Or, l'eau jetée au visage, coutume sauvage, apparemment dénuée de sens, est aussi une technique de base pour induire l'inspiration involontaire du patient, l'anti-éternuement de surprise. C'est là le début de la recomposition du patient..."

Texte paru dans Nouvelle Revue d'Ethnopsychiatrie, N° 31, 1996, 13-34 Editions de La Pensée Sauvage — Grenoble

Source: http://www.ethnopsychiatrie.net/actu/gueryem.htm

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Envoyé par Cirdec le 28 mai 2006
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