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Bernard Dugué: «On a joué sur la crainte»

Pour Bernard Dugué, docteur en pharmacologie et en philosophie, les réactions des autorités face au H1N1 ont été disproportionnées, voire malsaines.

Des millions de doses de vaccin. Depuis deux mois, la France essaie de revendre discrètement son surplus de sérum contre la grippe H1N1, selon une information du Parisien Dimanche . Il faut dire qu'avec 94 millions de doses, le gouvernement Sarkozy avait vu grand. Un grand nombre de pays, dont la Suisse, souhaitant en faire de même, la concurrence est rude. Au même moment, une étude du New England Journal of Medicine démontre que le virus est beaucoup moins contagieux que ceux qui ont causé d'importantes épidémies mondiales. Pas de quoi faire changer d'avis l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et sa directrice, Margaret Chan. Celle-ci insiste pour «ne pas baisser la garde contre un virus hautement imprévisible». Elle estime également que le nombre de morts est bien plus élevé que les 12 220 décès comptabilisés jusqu'à présent.

Bernard Dugué, auteur de «H1N1, la pandémie de la peur», docteur en pharmacologie et en philosophie, se penche sur cette culture de la crainte qui guide la gestion de la pandémie depuis ses débuts. Et si on avait fait tout faux face à cette maladie?

Bernard Dugué, quel est le reproche principal que vous adressez aux gouvernements et aux autorités sanitaires? Je ne m'érige pas en juge. J'analyse les processus dans la gestion de cet événement. Ce qui est clair, c'est que la réaction face à ce nouveau virus a été disproportionnée. C'est la première fois qu'un plan d'une telle ampleur a été mis en place. Depuis la grippe aviaire, l'OMS a concocté des plans et des programmes. Face à ce nouveau virus, elle a voulu les tester à l'échelle nationale et internationale. Le système marche sur la tête.

Ne faut-il pas se réjouir que les sociétés développées puissent réagir en sortant l'artillerie lourde face à un virus? La France a investi 2 milliards d'euros pour lutter contre ce virus. Cela représente beaucoup. Cet argent n'aurait-il pas été plus utile pour résoudre des problèmes comme la pauvreté, les SDF, le déficit de la sécurité sociale, la dette de l'Etat? Est-ce que ça valait le coup de dépenser autant contre ce nouveau virus? Pour moi la réponse est claire.

Mais ce virus tue. Les autorités ne pouvaient pas rester les bras croisés... Les morts qui ont été annoncées l'ont été sans aucune précision. Beaucoup de personnes décédées souffraient de pathologies très lourdes. Il n'y a pas de lien clairement établi entre la grippe et les décès. Il faut prendre tous ces chiffres avec du recul. De plus, il ne faut pas lancer des chiffres sans les contextualiser. En comparaison, la grippe saisonnière tue des centaines de milliers de personnes par an.

Pourquoi parlez-vous d'une pandémie de la peur? En France, la décision de mettre en place un plan de vaccination a été prise à la suite des recommandations de l'OMS. Ensuite, tout a été fait pour que le gouvernement ne perde pas la face. Les autorités ont joué sur la crainte pour que les gens se fassent vacciner. Beaucoup d'enfants ont été affolés. Il y a aussi eu énormément de pression au nom de la protection des groupes à risque. Je ne trouve pas cette méthode très saine. Montesquieu a dit que la démocratie était basée sur la vertu et que la tyrannie était basée sur la peur.

Certains pays ont-ils mieux réagi que d'autres? Oui, ceux qui n'ont pas mis en place de plan de vaccination. En Allemagne (ndlr: et partiellement en Suisse), les gens qui souhaitaient se faire vacciner ont pris rendez-vous chez leur médecin traitant comme pour une vaccination contre la grippe saisonnière. Il y a eu très peu de panique, contrairement aux Etats-Unis, qui avaient établi un plan d'urgence, et où les gens se sont rués pour se faire immuniser.

Que pensez-vous de l'attitude des médias? Il y a eu un emballement médiatique face à ce nouveau virus. Les médias ont fait du suivisme. Ils annonçaient les fermetures de camps de vacances, puis les premiers morts, sans se poser trop de questions. Pour eux, les faits étaient porteurs de leur propre signification. Pourtant, dès le début, des déclarations contrastées ont été faites. Selon moi, les médias auraient pu comprendre plus tôt que la menace pandémique n'était pas avérée.

Croyez-vous que les autorités vont tirer des enseignements de la gestion disproportionnée de cette crise? Je crains que si une situation identique se représente, les gouvernements ne réagissent de la même manière. Même si, vu l'argent dépensé, des comptes vont sûrement être réclamés. Mais nous assistons au crépuscule de la civilisation. Nous vivons dans une société hypertechnologique qui veut tout contrôler, qui veut se prémunir contre tout et qui en même temps réagit de manière irrationnelle.

«H1N1, la pandémie de la peur» Editions Xenia, 2009
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