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Pour nous faire réfléchir : "Je me souviens"

TEXTE D’UNE GRAND-MÈRE QUÉBECOISE

Je me souviens que, dans mon jeune âge, nous ne pouvions pas rentrer à l'église sans avoir
un voile ou un chapeau sur la tête. A cette époque, je me souviens aussi que c'était un péché mortel de manger de la viande le vendredi.
Je me souviens, dans la même décennie, que ma mère a été chassée de l'Eglise, parce qu'après avoir mis au monde 4 enfants, elle ne voulait plus en avoir d'autres.
Je me souviens que pour cette raison, le pardon de ses fautes lui était refusé par l'Eglise à moins qu'elle laisse son corps à son mari, avec ou sans plaisir, au risque d'atteindre la douzaine d'enfants.
Je me souviens qu'elle a refusé et qu'elle a quitté l'Eglise comme beaucoup d'autres femmes de sa génération.
Je me souviens que ma mère s'est ensuite séparée de mon père et que nous sommes devenus la cible des regards et des commentaires désobligeants de la paroisse.
Je me souviens aussi dans la même décennie que la cousine de ma mère a obtenu le divorce et
qu'elle a reçu du même coup son excommunication de Rome.
Je me souviens que quelques années à peine avant ma naissance, les femmes ont obtenu
le droit de vote et en même temps, le droit d'être considérées comme des citoyennes à part entière dans la société.
Je me souviens que lorsque j'étais jeune, nous devions nous aussi, comme dans les
religions musulmanes et autres, prier 7 à 8 fois par jour. La messe tous les matins, une prière avant le déjeuner, une prière en entrant en classe, une autre au dîner sous le coup de l'Angélus, une autre avant la classe de l'après-midi, les grâces au souper, le
chapelet en famille avec le Cardinal Léger et une dernière prière avant d'aller au lit. Il y avait le mois de Marie, les Vêpres, etc... Je n'ai pas dit non plus que nous devions porter le deuil durant un an, et moins selon le degré de parenté de la personne décédée.
Je me souviens que tour à tour, ma mère et ma belle-mère ont vu une opération urgente retardée en attendant que leur mari respectif, de qui elles étaient séparées de fait et (mais) non légalement, apposent leur signature pour autoriser leur intervention chirurgicale.
Devenue adulte, je me souviens que grâce aux pressions de la génération précédente, j'ai eu accès aux premiers moyens de contraception qui m'ont permis de restreindre le nombre de mes propres rejetons. Devenue adulte, il n'était plus un péché de manger de la viande le vendredi. Je ne sais pas ce qui est arrivé à ceux qui sont allés en enfer. J'espère qu'on les a rapatriés. Devenue adulte, je me souviens avoir travaillé dans des environnements traditionnellement réservés aux hommes. Mais je me souviens des frustrations de ne pas avoir été traitée au même titre que les hommes dans les entreprises, et surtout dans la vie en général.
Je me souviens des efforts que beaucoup de femmes ont dû déployer pour se faire reconnaître et pour obtenir des postes administratifs de haut niveau.
Je me souviens qu'il a fallu plus de 50 ans d'efforts collectifs pour nous libérer de l'emprise de l'Eglise et de la religion sur nos vies. Je me souviens qu'il a fallu plus de 60 ans (1940 à 2006) pour obtenir l'équité salariale, et que ce n'est pas encore fini. Je ne suis pas raciste, cependant, lorsque je vois d'autres ethnies imprégnées par leur religion contrôlante, vouloir s'imposer dans notre société, j'ai peur. J'ai peur parce que ces hommes et ces femmes
ne savent pas quel chemin nous avons parcouru. Je suis maintenant une grand-mère de 4 merveilleuses petites filles, et j'ai peur. J'ai peur lorsque je vois une femme voilée travailler dans un CPE ou dans nos écoles, ou encore lorsqu'on y laisse un enfant porter le Kirpan. La tolérance envers ces symboles religieux dans nos institutions est un manque de respect pour
les générations précédentes qui ont travaillé tant pour se retirer de l'emprise de la religion sur nos vies. Vous ne vous souvenez pas ? Moi, je me souviens, et à cet égard, je n'ai aucune tolérance et je ne veux aucun accommodement par respect pour ma mère, ma tante et pour mes petites filles. Je sais que la charte des droits et libertés permet à chacun de pratiquer la religion de son choix, mais de grâce, que cette religion demeure dans la famille. Le
port du voile, dans la religion musulmane, est pour nous la démonstration la plus importante de la soumission de la femme et c'est cela qui nous fait peur et qui nous choque, parce qu'on se souvient. Que l'on prie Jésus, Mahomet ou Bouddha m'importe peu, mais nous nous
sommes battus, québécois et québécoises, pour que notre société soit laïque. Peut-être que notre société va trop loin avec ses libertés. Mais le balancier doit s'arrêter au milieu, et non régresser jusqu'au point de départ. Il faut se souvenir. L'intégration à une société commence par le respect de ses traditions et de ses coutumes, ainsi que par le respect envers ses citoyens et citoyennes. C'est aussi la responsabilité des organismes d'accueil aux immigrants de faire connaître cette devise du Québec, afin que ces nouveaux arrivants ne pensent pas que nous sommes racistes simplement parce que l'on s'en souvient et qu'on ne veut pas imposer à notre
progéniture d'avoir à reprendre les mêmes débats qu'il y a cinquante ans.

Johanne CHAYER (Montréal)

CITATIONS
La souffrance, le malheur et l'injustice
Font briller le diamant
Qui est au cœur de l'homme vrai.
Ils n'écrasent que celui qui n'a rien en lui.
- Martin Gray -

Le Journal de Michel Dogna
N°57 JANVIER 2008

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