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Pas de limite à l'horreur et à la barbarie

Adieu, veau, vache, cochon... A Nouzilly (Indre-et-Loire), ovins et bovins seront sacrifiés pour sélectionner le cheptel résistant aux infections comme la maladie de la vache folle

Quel culot ! Alors que, le 9 juin, des «défenseurs de la cause animale» saccageaient, près de Carcassonne, un vulgaire abattoir à poulets. Alors que, le 30 juin, à Saint-Germain-sur-l'Arbresle (Rhône), un incendie criminel ravageait un banal élevage d'animaux de laboratoires. Alors que, partout, un Front de Libération des Animaux (en anglais : ALF) fait peser sa menace sur la recherche scientifique... Bref, alors que l'obscurantisme gagne du terrain - au point que la Gendarmerie nationale a dû mettre sur pied une cellule -, l'Inra vient, ce 8 juillet à Nouzilly (Indre-et-Loire), d'inaugurer en grande pompe, avec deux ministres en exercice, une gigantesque «animalerie sécurisée». On y sacrifiera - pour la mise au point de vaccins - de grands animaux de ferme, comme les vaches et les moutons, auxquels on aura délibérément inoculé les pires agents pathogènes, dont le prion de la vache folle. «Jamais aucun ne sortira vivant, afin de rendre impossible toute propagation des germes», précise-t-on au centre Inra de Tours. Où l'on fait visiter de spectaculaires salles de chirurgie et d'autopsie ultramodernes, conçues à la dimension des bovins. Sachant qu'il est devenu presque inconvenant de disséquer le moindre hamster, c'est de la provoc ou quoi ?

Unique en France - aussi bien par sa taille (4 120 m2) , celle de ses pensionnaires condamnés à mort et ses objectifs de recherche vétérinaire -, cette animalerie représente un investissement de 12 millions d'euros. A peine achevée et flambant neuve, elle a été inaugurée un peu prématurément - sans doute pour des raisons liées à la présidence française de l'Union européenne : les premiers animaux cobayes n'y pénétreront que début 2009. Mais alors il sera très difficile de la visiter, tant les mesures de confinement - de «niveau 3» - seront sévères : «Dans ce laboratoire, nous allons inoculer de redoutables agents pathogènes, et absolument rien d'infectieux ne doit pouvoir s'échapper», dit Pierre Le Neindre, président de ce centre expérimental. Pour cette raison, tous les accès au bâtiment se font par des sas et l'atmosphère des salles est maintenue en dépression, afin que nulle bouffée d'air ne puisse s'évacuer autrement qu'à travers des filtres stérilisants. De même, avant tout rejet vers l'extérieur, tout ce qui proviendra des animaux sera neutralisé ou incinéré - ainsi d'ailleurs que les carcasses, après analyses, dissection et autopsie. «Nous allons produire du lisier hyperpropre qui nous aura coûté très cher», résume un chercheur. Pars exemple, toutes les déjections subiront,^ en autoclave sous pression de 3 bars et température de 136 °C, une «digestion alcaline» à la soude caustique. En conséquence, la nouvelle animalerie géante de Nouzilly est une sorte d'«usine à gaz» très complexe, avec tous ses circuits pressurisés, auscultés, vérifiés, sous contrôle électronique permanent. La seule équipe de maintenance se composera de neuf techniciens. Quant aux salles de stabulation, toutes de métal nickelé, dépourvues du moindre brin de paille, exemptes de tout recoin poussiéreux, elles évoquent bien plus l'univers d'un CHU que celui d'une ferme.

Le programme de recherche va s'articuler selon trois axes : 1) Caractérisation moléculaire des agents pathogènes; 2) Analyse de leurs mécanismes d'action; 3) Modulation du système immunitaire des animaux, afin de les rendre résistants à différentes maladies - par exemple avec des vaccins, mais aussi en imaginant des mécanismes de sélection pour éliminer les gènes sensibles. Ainsi, on a déjà créé des lignées de moutons devenus résistants à la tremblante (l'équivalent ovin de la maladie de la vache folle, ou ESB). Il n'y a aucune raison de penser qu'on ne pourra pas avoir le même résultat avec les bovins, en obtenant des vaches résistantes au prion, comme le sont, pour des raisons inconnues, le chien ou le lapin, mais pas les humains, hélas ! Or, plutôt que de manipuler génétiquement les humains pour les en protéger, il semble en effet plus raisonnable de sélectionner les vaches. Via la technique du clonage, «de tels bovins, rendus inaccessibles à l'ESB par neutralisation d'un gène dit PrP, ont été obtenus», observe le professeur Louis-Marie Houdebine, de l'Inra. Par des croisements classiques, on devrait pouvoir «répandre ce génotype dans les élevages, afin de créer un cheptel durablement indemne de la maladie de la vache folle». Mais pour en être sûr, il faudra procéder à de nombreuses expériences d'«infectiologie expérimentale». C'est-à-dire injecter, directement dans le cerveau d'animaux présumés résistants, des prions récupérés sur des animaux malades. Tel est l'un des objectifs de la nouvelle animalerie tourangelle.

Mais il n'y a pas que l'ESB, et les pensionnaires à quatre pattes de Nouzilly se verront inoculer bien d'autres germes, correspondant à des affections de plus en plus variées et nombreuses. C'est que, «avec la mondialisation des échanges et le réchauffement climatique, d'innombrables maladies surgissent ou ressurgissent», constate le professeur Frédéric Lantier, coordinateur du projet européen Nadir (Network for Animal Diseases Infectiology Research). Et de citer en vrac la fièvre aphteuse, la fièvre catarrhale, la grippe aviaire, le virus West Nile ou autres brucelloses, salmonelloses, chlamydioses. Sans compter une toute nouvelle «gastroentérite transmissible du porc» et toutes sortes d'autres bactéries ou virus encore insoupçonnés qui guettent nos troupeaux. Les chercheurs ont donc de quoi s'occuper. Reste à savoir si les mouvements antispécistes et antivivisectionnistes, aux méthodes de contestation violentes, vont les laisser travailler. «C'est un risque dont nous sommes conscients, admet Dominique Mitteault, l'un des concepteurs du nouveau laboratoire. Mais nous ne sommes pas trop inquiets.» En effet, le bien-être animal a été pris en compte, conformément aux normes européennes les plus exigeantes - avec, par exemple, des fenêtres qui dispensent la lumière du jour dans les salles. Et aussi, dit Dominique Mitteault, parce que «ces amis des bêtes s'intéressent surtout aux chiens, aux chats, aux singes, aux souris blanches». Le sort des vaches, moutons, cochons semble les émouvoir beaucoup moins...
Fabien Gruhier
Le Nouvel Observateur

 http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2281/articles/a380371-.html

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